Guillaume Deschamps est enseignant-chercheur en mathématiques à l’Université de Bretagne Occidentale, mais à Ener’gence, on le connaît surtout pour son palmarès : deux victoires en équipe du Printemps Zéro Carbone, rien que ça !
Alors pour le lancement de notre newsletter grand public, on a tout de suite pensé à l’interviewer...
Ener’gence : Comment en es-tu venu à t’intéresser au changement climatique ?
Guillaume Deschamps : C’est quelque chose qui a très tôt été présent chez moi. Tout petit, je regardais des documentaires sur le sujet. J’ai en tête Home de Yann Arthus Bertrand, Le syndrome du Titanic de Nicolas Hulot, Une vérité qui dérange de Davis Guggenheim. C’est ce que je filais voir au cinéma, ce qui m’intéressait.
Et j’ai toujours été attiré par le vélo, par les choses simples. Je suis sûrement un peu technophobe : j’ai été dans les derniers à avoir un téléphone portable, l’ordinateur et internet sont arrivés très tard à la maison. La technologie ne me fait pas tellement rêver : une super belle voiture, un gadget électronique, ça ne m’a jamais beaucoup attirée.
Puis ça a pris de l’ampleur ces dernières années, notamment lorsque j’ai découvert Aurélien Barrault. J’ai ensuite pris part à une Fresque du climat, puis à d’autres événements et rejoint le projet Ti coop, pour créer un supermarché coopératif. J’ai aussi ressenti le besoin de beaucoup lire sur le changement climatique, pour comprendre les tenants et les aboutissants du problème.
Aujourd’hui, comment tu décrirais la place que ça prend dans ta vie ?
C’est simple : c’est omniprésent, c’est partout, c’est tout le temps. Vraiment, c’est un truc qui ne me lâche pas. J’ai des lunettes qui ne voient que ça, c’est omniprésent et tout me ramène à ça.
D’abord j’essaie d’avoir le mode de vie le plus cohérent possible : je me déplace à vélo, je suis végétarien, j’essaie de réguler ma consommation au maximum, de consommer le plus local possible.
Ensuite je m’engage pour des causes : tout ce qui est lié à l’alimentation, l’argent, l’énergie notamment. Sur le plan alimentaire, je suis adhérent à Ti coop [magasin d’alimentation coopératif], pour la production d’énergie j’adhère à Enercoop [fournisseur d’énergie coopératif]. Et puis j’ai changé de banque, je suis désormais au crédit coopératif. Donc voilà, ça c’est des engagements assez simples.
Je suis également membre de Zéro Waste France, pour limiter les déchets. De Greenpeace aussi. J’essaie de prendre part aux défis ponctuels et locaux : le Printemps Zéro Carbone notamment, ou sur le plan des mobilités, les challenges Tout à vélo ou l’opération Cyclistes Brillez ! [augmenter visiblité des cyclistes dans l’espace public via la distribution de kits].
Je me suis également engagé au travail. C’est un peu technique mais je suis ambassadeur développement durable et responsabilité sociale de mon Unité de formation et de recherche (UFR). Et je suis référent développement durable auprès du CNRS. Chaque laboratoire a un référent, on est essentiellement deux sur Brest. On a fait un bilan des émissions de gaz à effet de serre dans notre laboratoire de recherche.
Je suis aussi bénévole au sein d’une asso’ pour l’éco-mobilité au sein de l’UBO. Et en ce moment j’organise des cycles de conférences, "Les Jeudis de la transition écologique", pour essayer de mobiliser un peu les gens autour de ces questions.
Pourquoi en es-tu venu à tant te mobiliser ?
C’est venu d’un atelier 2 tonnes, qui soulignait l’importance de l’influence que chacun peut avoir sur les autres en matière de lutte contre le réchauffement climatique. L’idée était de prendre conscience qu’on est tous un peu des influenceurs et que militer a une réelle importance. Je n’ai pas forcément envie de faire de politique, donc je fais ce que je sais faire.
Au début je me contentais de faire les choses pour moi, et j’ai compris qu’il fallait que j’aille plus loin. Une fois qu’on a fait les petits gestes, qu’est-ce qu’on fait ? J’ai compris qu’il fallait tâcher, à sa manière, d’avoir un rôle d’initiative.
Selon toi, quel doit être le rôle du citoyen dans la lutte contre le réchauffement climatique ?
À mon avis, c’est un peu trop facile de dire « Moi je ne fais rien, j’attends que les politiques fassent. » De mon point de vue, si on veut se mettre un peu en mouvement, il faut commencer par soi. Donc oui, je pense que chacun a un rôle à jouer, un devoir d’exemplarité. Je pense qu’on s’influence tous, qu’on a un réflexe de mimétisme important. Donc je suis fier de dire : je vais au travail à vélo. J’espère que des gens le voient et ont envie de copier.
Et puis j’ai espoir que les politiques suivent un peu les idées du peuple, et que les actions écolos les incitent à en faire plus sur ce plan.
Tu parles directement de la notion d’exemplarité. C’est une question intéressante, qui pose celle du débat, de l’opinion. Est-ce que ça fait partie de ton militantisme que de défendre ton point de vue, de donner ton avis dans les discussions que tu peux avoir avec ton entourage ?
Non, ça ce n’est pas vrai me concernant. Je suis militant par mes actes plus que par mes paroles. J’ai tendance à fuir un peu les conflits, je ne vais pas militer frontalement en disant : il faut que tu fasses ci ou ça.
La personne qui me parle de ses vacances au Sri Lanka ou de son nouveau SUV, ça me passera vraiment au-dessus de ma tête. Par contre j’agirai, en me déplaçant à vélo par exemple.
Et j’ai un peu espoir que les gens se disent « Ah mais en fait ça se fait de venir toute l’année à vélo » ou « C’est faisable de s’engager à Ti coop, donner trois heures de de son temps c’est possible, même quand on a une famille ». Moi je le fais, ça me rend heureux et j’espère que ça peut donner envie aux gens de copier un peu.
En essayant de jouer ce rôle d’exemplarité, on peut vite passer pour un ascète, ou en tout cas pour quelqu’un qui, en se privant, prive les autres. As-tu déjà eu le sentiment que ton entourage subissait ton rapport à l’écologie ?
Peut-être que c’est l’opinion de certains, mais moi je suis heureux. Je pense que dans l’ensemble, les gens ne me plaignent pas, ils ne se disent pas que j’ai tort, parce qu’ils voient qu’il y a plein de côtés positifs et que ce n’est pas une souffrance ni une frustration.
Et à la maison, vous arrivez à vous mettre au diapason sur ces questions lâ ?
Oui, parce que mon fils grandit là-dedans et que mon épouse est aussi raccord avec tout ça. Donc ce n’est pas source de conflit. Et heureusement parce que sinon, ce serait c’est l’horreur !
Est-ce que les questions climatiques sont vectrices d’anxiété dans ton quotidien aujourd’hui ?
Étonnamment, pas tant que ça. Je suis assez surpris, avec tout ce que je lis, de ne pas être plus anxieux. Mais je pense que d’une part je ne dois pas être d’une nature trop anxieuse et d’autre part, que le fait de se mettre en mouvement aide beaucoup. Je me dis que je fais ma part, je me prépare à un mode de vie qui tendra à se généraliser selon moi.
Je suis souvent fier d’être un peu en raccord avec mes idées. Il y a une phrase que j’aime bien, et qui dit « Le bonheur, c’est quand les idées et les actes sont en harmonie ». Je suis en harmonie avec mes valeurs. Certes j’aimerais bien que tout le monde me suive, mais au moins, moi ça va.
Et puis j’ai de l’espoir, je me dis : on a peut-être une fenêtre pour créer un truc génial ! J’ai envie de construire ce monde et de pouvoir vivre un peu dedans.
Je me dis aussi que ça peut changer très vite. Je pense à la disparition des décharges publiques, à l’interdiction de fumer dans les lieux fermés… Ce sont des changements qui se sont mis en place rapidement. Le monde va vite. Bien sûr qu’il m’arrive d’être un peu découragé, mais je me concentre sur ce qui me donne de l’espoir.
En parlant de ce que t’apportes l’engagement, est-ce que tu vois d’autres bénéfices à mentionner ?
Clairement, ce qui fait un bien fou, ce sont les rencontres ! J’ai fait des rencontres géniales, qui permettent de me dire « Je ne suis pas tout seul à me battre contre la terre entière. » J’ai rencontré plein de gens dans les milieux professionnel et associatif qui ont aussi envie de changer les choses. On ne réalise pas toujours au premier abord que telle ou telle personne partage nos convictions, et ça peut être très encourageant.
Pour toi le lien social c’est un élément clé de la lutte contre le réchauffement climatique ?
Oui, je pense qu’on peut réinventer un monde sympa et pour moi, ça passe par l’entourage. On n’a pas besoin de technologie de communication sophistiquée, du dernier smartphone, de la 5G, mais on a besoin d’un peu plus d’humanité.
C’est pas vraiment de l’écologie, mais ça compte, de laisser plus de place à la convivialité, à l’humanité, aux relations sociales. Se voir, passer plus de temps ensemble.
À ce propos, Ener’gence est sur le point de lancer la 3e édition du Printemps Zéro Carbone et il me semble que tu as fait partie de l’équipe gagnante lors des deux premières éditions. La deuxième fois, tu avais monté ta propre équipe avec des étudiants de l’UBO, c’est bien ça ?
Oui, la première année, je me suis présenté avec l’équipe Ti Coop, beaucoup d’écolos actifs, très motivés. Et on a effectivement gagné le défi !
L’une des animatrices m’a dit que l’objectif du défi était aussi de toucher un public nouveau, moins familier des questions climatiques et qu’une piste d’action était de créer une équipe avec des gens qui ne se seraient pas inscrits spontanément. J’en ai donc parlé autour de moi, à la fac, et on a fini par créer une équipe avec quelques étudiants. J’ai d’ailleurs été surpris par leur niveau de connaissances et d’engagement sur le sujet ! J’espère que ça leur a apporté quelques clefs, que ça va mûrir.
J’ai adoré l’expérience, les deux fois. C’était des supers moments, des moments de partage justement, de discussion, d’échange... Je trouve que c’est un chouette projet !
Deux trois ref’ à conseiller ?
Une lecture : Les écolo humanistes – Site internet et livre Vivre avec moins pour vivre heureux
Un son : N’importe quelle conférence ou podcast d’Aurélien Barrault
Un mantra (ou deux) :
« On n’a pas besoin d’être parfait, on a besoin d’être nombreux. »
« Les paroles d’un jour ne vaudront jamais nos gestes quotidiens. »