[Cet entretien a été réalisé pour notre newsletter de mars 2026.
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Guillaume Deschamps est enseignant-chercheur en mathématiques à l’Université de Bretagne Occidentale, mais à Ener’gence, on le connaît surtout pour son palmarès : deux victoires en équipe du Printemps Zéro Carbone, rien que ça !
Alors pour le lancement de notre newsletter grand public, on a tout de suite pensé à l’interviewer...
Ener’gence : Comment en es-tu venu à t’intéresser au changement climatique ?
Guillaume Deschamps : C’est quelque chose qui a très tôt été présent chez moi. Tout petit, je regardais des documentaires sur le sujet. J’ai en tête Home de Yann Arthus Bertrand, Le syndrome du Titanic de Nicolas Hulot, Une vérité qui dérange de Davis Guggenheim. C’est ce que je filais voir au cinéma, ce qui m’intéressait.
Et j’ai toujours été attiré par les choses simples. Je suis sûrement un peu technophobe : j’ai été dans les derniers à avoir un téléphone portable, l’ordinateur et internet sont arrivés très tard à la maison. La technologie ne me fait pas tellement rêver : une super belle voiture, un gadget électronique, ça ne m’a jamais beaucoup attiré.
Puis ça a pris de l’ampleur ces dernières années, notamment lorsque j’ai découvert les conférences d’Aurélien Barrau. J’ai aussi participé à une Fresque du climat, puis à d’autres événements et j’ai rejoint le projet Ti coop, pour créer un supermarché coopératif. J’ai aussi ressenti le besoin de beaucoup lire sur le changement climatique, pour comprendre les tenants et les aboutissants de la problématique.
Aujourd’hui, comment tu décrirais la place que ça prend dans ta vie ?
C’est simple : c’est omniprésent, partout et tout le temps. Vraiment, c’est un truc qui ne me lâche pas. J’ai des lunettes qui ne voient que ça et tout me ramène à ça.
Dans mon quotidien j’essaie d’avoir le mode de vie le plus cohérent possible : je me déplace à vélo, je suis végétarien, j’essaie de réguler ma consommation au maximum, de consommer le plus local possible.
Je m’engage aussi pour des causes : tout ce qui est lié à l’alimentation, l’argent et l’énergie notamment. Sur le plan alimentaire, je suis adhérent à Ti coop [magasin d’alimentation coopératif], comme fournisseur d’énergie j’ai choisi Enercoop [fournisseur d’énergie coopératif]. Et puis j’ai changé de banque, je suis désormais au crédit coopératif. Ça, c’est des engagements assez simples.
Je suis également membre de Zéro Waste France, pour limiter les déchets. De Greenpeace aussi.
Dès que je peux, j’apporte mon soutien en prenant part aux défis ponctuels et locaux : le Printemps Zéro Carbone notamment, sur le plan des mobilités : les challenges Tout à vélo ou l’opération Cyclistes Brillez ! [augmenter visibilité des cyclistes dans l’espace public via la distribution de kits].
Je me suis également engagé au travail. C’est un peu technique mais je suis ambassadeur développement durable et responsabilité sociale de mon Unité de formation et de recherche (UFR). Et je suis référent développement durable auprès du CNRS. Chaque laboratoire a un référent, on est essentiellement deux sur Brest. Cette année, on a notamment fait un bilan des émissions de gaz à effet de serre dans notre laboratoire de recherche.
Je suis aussi bénévole au sein d’une asso’ pour l’éco-mobilité au sein de l’UBO. Et enfin, depuis 2 ans, j’organise des cycles de conférences, "Les Jeudis de la transition écologique", pour essayer de sensibiliser et de fédérer un peu les gens autour de ces questions.
Pourquoi en es-tu venu à tant te mobiliser ?
C’est venu d’un atelier 2 tonnes, qui soulignait l’importance de l’influence que chacun peut avoir sur les autres en matière de lutte contre le réchauffement climatique. L’idée était de prendre conscience qu’on est tous un peu des influenceurs et que militer a une réelle importance. Je n’ai pas forcément envie de faire de politique, alors je fais avec mes forces, avec ce que je sais faire. Au début je me contentais de faire les choses pour moi. Mais une fois qu’on a fait les petits gestes, qu’est-ce qu’on fait ? J’ai compris que j’avais besoin d’aller encore plus loin. Je voulais jouer un rôle, pas seulement être acteur mais aussi être moteur du changement.
Selon toi, quel doit être le rôle du citoyen dans la lutte contre le réchauffement climatique ?
À mon avis, c’est un peu trop facile de dire « Moi je ne fais rien, j’attends que les politiques fassent. » De mon point de vue, si on veut se mettre un peu en mouvement, il faut commencer par soi. Donc oui, je pense que chacun a un rôle à jouer, un devoir d’exemplarité. Je pense qu’on s’influence tous, qu’on a un réflexe de mimétisme important. Moi je suis fier d’aller au travail tous les jours à vélo. J’espère que des gens le voient, qu’ils se disent que c’est possible et que ça leur donne envie d’en faire autant.
Et puis un politique ça veut être élu, donc j’imagine que ça observe les électeurs, non ? J’ai espoir que les actions écolos les incitent à plus considérer ces questions.
Tu parles directement de la notion d’exemplarité. C’est une question intéressante, qui pose celle du débat, de l’opinion. Est-ce que ça fait partie de ton militantisme que de défendre ton point de vue, de donner ton avis dans les discussions que tu peux avoir avec ton entourage ?
Non, je ne sais pas faire ça. Je suis plus militant par mes actes que par mes paroles. J’ai tendance à fuir un peu les conflits, je ne vais pas militer frontalement en disant : il faut que tu fasses ci ou ça.
La personne qui me parle de ses vacances au Sri Lanka ou de son nouveau SUV, je l’écouterai poliment mais ça me passera au-dessus de la tête. Par contre j’agirai, en passant mes vacances en Bretagne, en privilégiant les mobilités douces, en tachant de créer du lien.
Et j’ai un peu espoir que les gens se disent « Ah mais en fait ça se fait de venir toute l’année à vélo » ou « C’est faisable de s’engager à Ti coop. Donner trois heures de son temps c’est possible, même quand on a une famille ». Moi je le fais, ça me rend heureux et j’espère que ça peut donner envie aux gens de s’en inspirer un peu, tout comme moi je m’inspire d’autres personnes.
En essayant de jouer ce rôle d’exemplarité, on peut vite passer pour un ascète, ou en tout cas pour quelqu’un qui, en se privant, prive les autres. As-tu déjà eu le sentiment que ton entourage subissait ton rapport à l’écologie ?
Peut-être que c’est l’opinion de certains, mais moi je suis heureux comme ça et je suis convaincu qu’il est urgent d’agir. Si des gens me plaignent, ils se trompent, parce qu’il y a plein de côtés positifs, plein de cobénéfices et que ça ne génère chez moi ni souffrance ni frustration !
Et à la maison, vous arrivez à vous mettre au diapason sur ces questions là ?
Oui, parce que mon fils grandit là-dedans et que mon épouse est aussi raccord avec tout ça. Donc ce n’est pas source de conflit. Et heureusement parce que sinon, ça pourrait vite être horrible !
Est-ce que les questions climatiques sont vectrices d’anxiété dans ton quotidien aujourd’hui ?
Étonnamment, pas tant que ça. Je suis assez surpris, avec tout ce que je lis, de ne pas être plus anxieux. Je pense que d’une part je ne dois pas être d’une nature trop anxieuse et d’autre part, que le fait de se mettre en mouvement aide beaucoup. Je me dis que je fais ma part, je me prépare à un mode de vie qui tendra à se généraliser selon moi.
Je suis souvent fier d’être en accord avec mes idées. Il y a une phrase que j’aime beaucoup qui dit « Le bonheur, c’est quand les idées et les actes sont en harmonie ». Je suis en harmonie avec mes valeurs. Certes j’aimerais bien que tout le monde s’implique, mais au moins, moi je ne vis pas en dissonance cognitive.
Et puis j’ai de l’espoir, je me dis : on a peut-être une fenêtre pour créer un truc génial ! J’ai envie de construire ce nouveau monde et de pouvoir vivre un peu dedans.
Je me dis aussi que ça peut changer très vite. Je pense à la disparition des décharges publiques, à l’interdiction de fumer dans les lieux fermés… Ce sont des changements qui se sont mis en place hyper rapidement. Le monde va vite. Bien sûr qu’il m’arrive d’être un peu découragé, mais dans ce cas, je me concentre sur ce qui me donne de l’espoir.
En parlant de ce que t’apportes l’engagement, est-ce que tu vois d’autres bénéfices à mentionner ?
Clairement, ce qui fait un bien fou, ce sont les rencontres ! J’ai fait des rencontres géniales, qui me permettent de penser : « Je ne suis pas tout seul à me battre contre la terre entière. » J’ai rencontré plein de gens engagés à Ti coop bien sûr, mais aussi au travail, dans mon entourage... Tous ont envie de changer les choses et tous sont conscients qu’au vu de de la crise climatique, de l’effondrement de la biodiversité, des injustices dans le monde, des inégalités sociales... le statu quo doit changer et le statu quo peut changer.
Pour toi le lien social c’est un élément clé de la lutte contre le réchauffement climatique ?
Oui, je pense qu’on peut réinventer un monde sympa et pour moi, ça passe par l’entourage. On n’a pas besoin de technologie de communication sophistiquée, du dernier smartphone, de la 5G, mais on a besoin d’un peu plus d’humanité.
C’est pas vraiment de l’écologie, mais ça compte, de laisser plus de place à la convivialité, à l’humanité, aux relations sociales. Se voir, passer plus de temps ensemble.
À ce propos, Ener’gence est sur le point de lancer la 3e édition du Printemps Zéro Carbone et il me semble que tu as fait partie de l’équipe gagnante lors des deux premières éditions. La deuxième fois, tu avais monté ta propre équipe avec des étudiants de l’UBO, c’est bien ça ?
Oui, la première année, je me suis présenté avec l’équipe Ti Coop, beaucoup d’écolos actifs, très motivés. Et on a effectivement gagné le défi !
L’une des animatrices m’a dit que l’objectif du défi était aussi de toucher un public nouveau, moins familier des questions climatiques et qu’une piste d’action était de créer une équipe avec des gens qui ne se seraient pas inscrits spontanément.
La deuxième année, j’en ai donc parlé en cours à mes étudiants. Ça a fait écho chez certains d’entre eux , on a créé une équipe et on a encore gagné. J’ai d’ailleurs été surpris par leur niveau de connaissances et d’engagement sur le sujet. J’espère que ça leur a apporté quelques clefs, que ça va continuer à mûrir en eux. En tout cas, j’ai adoré l’expérience, les deux fois. C’était des supers moments, des moments de partage justement, de discussion, d’échange... Je trouve que c’est un chouette projet ! Et puis ça fait bien sur mon CV : double vainqueur du printemps zéro carbone ;)
Deux trois ref’ à conseiller ?
Une lecture : Les écolo humanistes – Site internet et livre Vivre avec moins pour vivre heureux
Un son : N’importe quelle conférence ou podcast d’Aurélien Barrault
Un mantra (ou deux) :
« On n’a pas besoin d’être parfait, on a besoin d’être nombreux. »
« Les paroles d’un jour ne vaudront jamais nos gestes quotidiens. »
Et pour vous inscrire au Défi Zéro Carbone et espérer, comme Guillaume, entrer dans la légende, c’est par ici !
