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Publié le 08/06/2026

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Quitterie, en quête de cohérence

Pour Balance ton CO2, sa newsletter grand public, Ener’gence interroge chaque trimestre un·e habitant·e du territoire sur son rapport aux enjeux climatiques. Ce mois-ci, Quitterie.

Quitterie a 35 ans et vit à Brest depuis trois ans. Ancienne membre des Citoyens du Climat* de Brest métropole, elle travaille actuellement dans le milieu scientifique. Loin d’aborder le changement climatique avec sérénité, elle évoque avec nous l’impact de l’éco-anxiété sur sa vie privée et professionnelle.

Ener’gence - Peux-tu résumer ton parcours professionnel ?
J’ai étudié la météorologie durant trois ans au sein de l’école d’ingénieur de Météo France avant de faire une thèse, spécialisée sur l’observation des nuages par télédétection, c’est à dire en utilisant des instruments comme le radar ou le lidar.

Quelle place les enjeux climatiques occupent-ils dans ton quotidien ?
Bizarrement, le réchauffement climatique ne m’a pas beaucoup préoccupée durant mes études. J’ai commencé à me questionner sur le sujet vers la fin de ma thèse, qui a été une période assez difficile psychologiquement et durant laquelle j’ai rencontré des personnes plus engagées que moi.
Je travaillais notamment sur une plateforme instrumentale aéroportée, ce qui impliquait de faire voler un avion pour effectuer des mesures, mais également de jeter des « drop sondes » permettant d’analyser l’atmosphère. Ces sondes n’étaient pas récupérées et devenaient des déchets, ce qui m’interrogeait beaucoup ; quelle est la cohérence de mener des recherches scientifiques sans prendre en considération les enjeux que l’on met en évidence ? Je pense qu’il existe une certaine incohérence au sein du milieu scientifique et que les lignes ont du mal à bouger.
Depuis que j’ai commencé à m’informer sur le sujet de réchauffement climatique, c’est un aspect qui entre en considération dès que je dois prendre une décision : le choix de mes vacances, les missions professionnelles que je mène. Si elles impliquent que je prenne l’avion, est-ce indispensable que j’y aille ? J’arbitre toujours en prenant ça en compte. Je suis plus ou moins radicale par rapport aux différents sujets, mais je le prends en compte à chaque fois.

On dirait que tu décris un sentiment de dissonance lié à ta présence au sein du milieu scientifique ?
Disons que je remets un peu en question le « toujours plus ». Il me semble que c’est un peu la course à la quantité : on s’attache à produire toujours plus de données et des modèles IA toujours plus performants pour observer avec toujours plus d’acuité la vitesse à laquelle notre environnement se dégrade – et ce faisant, consommer de grandes quantités d’énergie qui participent à aggraver le problème. Ça m’interroge.

Sur le plan psychologique, quelle place prend le sujet climatique dans ton quotidien ?
Je pense que ça a un impact assez fort sur mon moral. C’est un sujet qui me touche énormément et qui génère chez moi beaucoup de colère et de tristesse. Notamment parce que j’ai l’impression que la grande majorité des personnes de mon entourage sont dans le déni, ignorent volontairement tout ou partie de ces problématiques.
J’ai beaucoup de mal à en discuter sereinement, ce qui s’avère problématique dans les échanges que je peux avoir sur le sujet avec mes collègues ou ma famille, car je me trouve souvent dans une posture de réaction. C’est compliqué d’aborder ces sujets-là dans le contexte familial. Par crainte de me fâcher, je finis généralement par ne rien dire. Mais j’ai beau me taire, arrive toujours un moment où quelque chose m’interpelle et où ma réaction m’échappe : je lance des piques, je m’énerve…
C’est une des raisons pour lesquelles j’avais rejoint les Citoyens du Climat*. D’abord, parce que je pensais que rencontrer des gens engagés dans une démarche similaire à la mienne m’apporterait un peu de tranquillité d’esprit. Ensuite, pour voir si je parvenais à discuter avec un public varié sur ces questions, en essayant d’avoir une posture pédagogique, en échangeant de manière constructive malgré de potentielles divergences d’opinion.
Mais j’ai réalisé que cette posture ne me convenait pas, car elle implique d’entrer dans un débat avec des personnes sympathiques. Or ma nature m’incite plutôt à fuir les conflits, quitte à devenir consensuelle voire à trouver des excuses aux habitudes émettrices.

Ce que tu dis interroge sur la pertinence d’une approche du changement climatique centrée sur l’individu. Est-ce la bonne approche selon toi ?
Je ne nie pas l’inaction des pouvoirs publics, mais je dirais que celle des individus est aussi un fait. Je dirais que la responsabilité est partagée et je trouve que le discours qui consiste à dire « Je n’ai pas le choix. » ou « C’est aux institutions d’agir. » est un peu facile.
Les actions individuelles ne suffiront pas, et je ne pense pas qu’il faille à tout prix viser l’exemplarité totale, mais l’action individuelle peut peser de manière significative dans la balance (que ce soit dans le choix de son mode de vie mais aussi dans les choix politiques que l’on fait au moment des élections).

Ce discours, es-tu parvenue à le porter dans d’autres contextes que celui de l’entourage proche ou des Citoyens du climat ?
Non. Aujourd’hui, je suis plutôt dans une dynamique défaitiste. Je me dis « De toute manière c’est foutu » et j’essaye de faire du mieux que je peux pour être en cohérence avec mes valeurs, tout en ayant le sentiment d’être assez seule dans ma démarche.

Et tu arrives à vivre avec cette désillusion ?
On peut dire ça.

Ta formation scientifique en météorologie t’offre sûrement des clefs pour désamorcer certains discours et idées reçues, notamment concernant la différence entre climat et météo. Peux-tu nous donner quelques exemples ?
En bref, la climatologie est l’études des temps longs. Les tendances sont établies par l’observation des variables (température, pluviométrie, etc) sur plusieurs décennies. Cela n’a rien à voir avec la météorologie qui est l’étude de ce que l’on nomme le temps sensible, à savoir le temps qu’il fait aujourd’hui et qu’on peut ressentir. Le climat influence la météo, par exemple à Brest, on n’a pas le même climat qu’à Alger, donc on n’aura pas la même météo. Ici on aura plus de pluie, il fera bien moins chaud, etc.

Le réchauffement climatique aura un impact sur ces deux climats, mais différemment. Les modèles de prévisions climatiques annoncent plutôt une augmentation des précipitations à Brest en hiver et une réduction des précipitations à Brest en été, quand Alger souffrira d’une réduction générale des précipitations. Cela n’empêchera pas des épisodes météorologiques allant à l’encontre de ces tendances (de la pluie en été, par exemple).

Cela dit, je sais que certaines personnes adhèrent à des discours du type « Il neige au printemps, donc le changement climatique n’existe pas ». Pour moi, ce n’est pas tant lié à un défaut de compréhension qu’à un besoin de croyance : ces personnes sont dans un biais de confirmation et cherchent à tout prix à entendre un discours rassuriste qui vient confirmer leur mode de pensée, plutôt que de se remettre en question.

As-tu des projets en perspective en matière d’écologie ?
Comme je l’ai dit, ces derniers temps sont plutôt marqués par la désillusion et le découragement. Mon objectif actuel est de me reconvertir dans la gestion de l’environnement. J’aimerais pouvoir travailler de manière plus concrète sur des projets locaux en lien avec les problématiques environnementales, la dégradation de l’environnement en général. J’aimerais pouvoir intégrer la fonction publique territoriale. J’espère que ça n’aboutira pas sur une nouvelle désillusion !
Du point de vue de l’habitat, mon compagnon et moi souhaitons déménager sur une commune plus rurale. Être au milieu des oiseaux plutôt que des voitures, si je dois résumer.

As-tu des ressources à nous conseiller ? Lecture, documentaire, podcast…
D’abord, je trouve que le sujet est loin d’avoir la place qu’il mérite dans la sphère médiatique et qu’il fait l’objet de trop peu d’œuvres. J’ai lu Humus de Gaspard Koenig récemment et dès le début du roman j’ai senti que ça finirait mal… J’ai besoin de lectures plus optimistes. Je pense qu’il faut parler des choses qu’on peut faire et qui fonctionnent.
En podcast, j’écoute la Terre au carré sur France Inter. L’émission propose des points de vue très variés, voire contradictoires d’une semaine sur l’autre. Je trouve ça intéressant.
Le média Vert édite également sur les réseaux sociaux une vidéo hebdomadaire relayant les « 5 bonnes nouvelles de la semaine ». Ça me plaît, même si par ailleurs, je trouve la majorité de leurs articles assez angoissants.

*De 2016 à 2026, le réseau des Citoyens du climat de Brest métropole a fédéré des habitants du territoire autour des enjeux de la transition énergétique : temps d’échange, formation, sensibilisation d’autres habitants.